Usine de chaux C.E.S.A

devisu-saint-astier
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Quelle est l’origine de l’entreprise Saint-Astier?
Le banc calcaire de Saint-Astier a été découvert en 1850. Il s’étend sur un périmètre particulièrement vaste: 10km de long par 1,5km de large et 200 mètres de profondeur, entre Saint-Astier et la Vallée de L’Isle. En 100 ans, l’extraction a eu lieu seulement sur 40 hectare et 20 mètres sous terre, c’est dire l’importance de ce gisement.

Après la première guerre mondiale, les différents exploitants locaux se sont rassemblés autour de trois sites de part et d’autre de la voie ferrée traversant Saint-Astier. Les sociétés s’appelaient Bordeaux Niaise, Safa, Cimchaux. Elles sont aujourd’hui rassemblées derrière une nouvelle marque de terroir et de territoire : « Saint-Astier ».

La société emploie 135 personnes et possède la plus grande capacité de production de chaux de construction : 250 000 tonnes, grâce à ces 5 fours et son unité de produits de spécialités. Juste sur la chaux (car nous produisons aussi des produits à base de chaux) notre production représente à peu près 1/3 de la production française et nous exportons dans le monde entier.


Si l’on commence par l’extraction, pouvez-vous nous expliquer comment s’organise l’exploitation de la carrière ?
La carrière de Saint-Astier est entièrement souterraine et présente un gisement parfaitement homogène. On y extrait un caillou calcaire qui est remonté à surface pour y être transformé en chaux.

Le plan de la carrière est organisé avec des galeries de 11m de large, 12m de hauteur et des piliers de 11x11m disposés en quinconces. Les piliers représenteront à terme 25% du volume de la carrière. On a en moyenne 6 mètres de rocher et 6 mètres de terre, soit 12 mètres avant d’atteindre la surface.

Pour extraire la roche, nous utilisons de l’explosif. L’extraction est faite par des séries de tirs d’explosifs environ 2 fois par semaine. Le tir classique pour “abattre” du cailloux représente un volume de 11m de large par 6m de hauteur et 3m de profondeur. Cela représente environ 400 tonnes de caillou.


Que fait-on du caillou après un tir ?
Le caillou “brut de tir” (gros, moyen, petit, très fin) passe d’abord par une chaîne de concassage et de criblage dans la carrière. Nous disposons d’un concasseur à mâchoires qui va concasser le caillou, un crible, c’est-à-dire un empilement de grilles dont le maillage est différent, qui va ensuite trier la pierre en fonction de sa granulométrie.

À ce stade on distingue 3 lots de cailloux: le 0 à 20mm reste au fond en carrière, il n’a pas d’usage. Le 20 à 180mm est acheminé vers les trémies de stockage pour être remonté. Tout ce qui est supérieur à 180mm est renvoyé au concassage.

Après le ramassage du caillou, la dernière intervention se fait avec un appareil de purge pour gratter les parois et le plafond afin de sécuriser notre progression à l’intérieur de la carrière.


Comment obtient-on de la chaux à partir du calcaire extrait ?
La chaux est obtenue à partir du caillou par un procédé de calcination. à Saint-Astier la calcination se fait par le biais d’un four droit, c’est-à-dire que les cailloux sont mélangés à du charbon et déversés dans le four par le sommet. La pierre ressort au bas du four après une cuisson à 1100°C (de 24 à 48h selon le type de chaux désiré). Après cette opération de calcination les cailloux ont pris l’apparence de pierres blanches et pulvérulentes en surface. On parle alors de chaux vive (750 kg de pierres donnent environ 500 kg de chaux vive).

Le four fonctionne avec du charbon de provenance européenne. Cela est lié à une qualité de charbon pour une cuisson la plus régulière et la plus sécurisée possible. Certains fours conçus différemment (à une époque plus récente) peuvent fonctionner avec d’autres combustibles. Pas ceux de Saint-Astier dont la conception remonte à 1930, âge d’or du charbon.

La chaux vive est ensuite broyée et mélangée à de l’eau dans des silos appelés silos d’extinction. L’immersion dans l’eau provoque une dislocation, et un dégagement de chaleur. Après 48h d’hydratation, la chaux vive est devenue une pâte, qu’on appelle “chaux éteinte”.

La chaux éteinte est ensuite acheminée en atelier de broyage puis stockée en silos de maturation. Elle subit enfin un deuxième broyage pour obtenir la poudre finale. Les dernières étapes de la production sont l’unité d’ensachage et la mise sur palette.


On vient de voir la différence entre chaux vive et chaux éteinte, pourriez-vous nous expliquer la différence entre chaux hydrauliques (NHL) et chaux calcique (CL) ?
C’est la composition du calcaire qui définit la famille de chaux. Un calcaire très peu siliceux donne des chaux calciques ou aériennes, un calcaire moyennement siliceux donne des chaux hydrauliques.

Les chaux naturelles hydrauliques (NHL) sont les plus utilisées dans la construction. Elles procurent au mortier, sans ajout, une première prise hydraulique qui sécurise l’ouvrage réalisé, puis une deuxième prise aérienne qui, par recarbonatation au contact de l’air, donnera à l’enduit toute sa patine. Les chaux normalisées (EN 459-1, Norme Européenne) conviennent pour les maçonneries, les enduits et les décors.

Les chaux naturelles calciques (CL) sont elles issues de calcaires très peu siliceux. Elles ont une utilisation limitée dans la construction car très handicapées par leur manque d’hydraulicité naturelle. On les bâtarde parfois avec des liants hydrauliques pour sécuriser l’ouvrage. Ces chaux sont généralement recommandées pour les “décors” où leur finesse et leur blancheur jouent pleinement leur rôle.

Ici nous sommes connus pour la qualité de nos chaux hydrauliques naturelles pures mais nous produisons aussi des chaux calciques et de nombreux produits à base de chaux : liants formulés, mortiers de façade, de rénovation, de restauration, d’assainissement. SAINT-ASTIER produit environ une quarantaine de produits finis et est également reconnue pour développer de nombreuses solutions chaux sur-mesure (produits de spécialités) pour des chantiers spécifiques.


Pour finir, pourriez-vous nous détailler un peu les caractéristiques qui font la qualité de la chaux ?
Rappelons les avantages et les propriétés étonnantes de ce liant:
- La microporosité de la chaux permet la fabrication d’un mortier perméable à la vapeur d’eau. Elle permet donc d’éviter les condensations, d’expulser l’humidité. Elle génère ainsi une nette amélioration du confort intérieur.
- Elle est imperméable à l’eau de ruissellement et protège le gros oeuvre des intempéries.
- Associée à d’autres matériaux (chanvre) elle a des vertus isolantes, aussi bien phoniquesque thermiques.
- Elle assainit les supports grâce à ses vertus bactéricides.
- Ses remarquables qualités de souplesse et d’élasticité lui permettent de s’adapter parfaitement à de multiples supports, limitant considérablement les fissures dans les enduits.
- La chaux donne sur le plan décoratif un cachet sans égal à un mur ou une façade. Elle se patine et vieillit extrêmement bien. Voilà quelques raisons pour lesquelles la chaux est aujourd’hui largement remise à l’honneur.


Entretien réalisé par USUS le 25 Mai 2018, à l’usine de chaux de Saint-Astier, avec Dominique Bastier, responsable des carrières .

Saint-Astier
2019

Entretien complet
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© photo : Grégoire Grange
© vidéo : Usus