Les Pierres de Frontenac

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Avant de nous parler plus précisément du fonctionnement de la carrière, pourriez-vous nous décrire votre société, les pierres de Frontenac ?
Carrière et société sont intimement liées bien sûr, mais la société des Pierres de Frontenac n’est effectivement pas seulement une carrière, c’est-à-dire un site d’extraction, puisque nous façonnons aussi des pierres qui viennent d’ailleurs.

Marbres, calcaires, notre atelier nous permet de sculpter, graver, travailler d’autres types de pierres. Nous sommes donc à même de répondre à tous types de commandes, de la pierre à bâtir à la balustrade, du linteau à la corniche, ou même de la sculpture.

Le coeur de notre activité reste tout de même essentiellement l’extraction et le façonnage de notre propre pierre, la pierre de Frontenac, c’est-à-dire la pierre bordelaise traditionnelle, celle qui est utilisée dans les rénovations patrimoniales du bâti ancien bordelais. Nous sommes ici à la carrière de Piquepoche, sur la commune de Frontenac, mais nous exploitons aussi deux autres carrières, celles de Bignon et de Tiffaut.

Si l’on doit maintenant parler un peu de l’histoire de l’entreprise : La SARL a été fondée par Jean Renier en 1965, avant d’être dirigé par son fils Guy en 1974. Ce qui nous a permis de devenir la première carrière d’Aquitaine, et une des rares encore en activité, c’est d’investir très tôt dans un matériel de pointe. Dès les années 70, nous nous sommes équipés de machines à coupe diamantée. Plus récemment nous avons investi dans un centre d’usinage à double tables de dernière génération (THIBAUT TC 1100). Nous employons environ 25 personnes, deux tiers dans la carrière et à l’atelier et un tiers dans les bureaux.


Vous travaillez donc différents type de pierres, mais extrayez une pierre bien particulière, la pierre de Frontenac, pourriez-vous nous en dire plus sur cette pierre ?
C’est une pierre blonde, qu’on appelle la pierre blonde d’Aquitaine. On parle pour la qualifier d’un calcaire à astéries, c’est-à-dire un calcaire jaune contenant des fossiles, notamment d’étoiles de mer, d’où le terme astéries.

Contrairement aux pierres charentaises, c’est une pierre assez dure qui a un grain très particulier. Les pierres charentaises ont un grain plus serré, et sont souvent assez blanches. Notre pierre a un grain plus ouvert, moins fin, et elle est plus ocre.

Nous extrayons quatre qualités de cette pierre :
- Demi dur
- Demi dur coquillé
- Dur marbrier
- Dur non marbrier

Le demi-dur convient pour la pierre à bâtir, le demi-dur coquillé est différent par son grain et sa couleur plus ocre, on dit que la pierre est coquillée car elle contient plus de microfossiles. Le dur marbrier et le dur non marbrier sont plus denses et permettent la réalisation de pièces qui vont être soumises à plus d’efforts : appuis de fenêtre, linteaux, plans de travail, parties sculptées, etc. La différence entre le dur marbrier et le dur non marbrier réside dans le fait que le dur non marbrier ne peut pas prendre le poli d’un marbre.


Si l’on s’intéresse maintenant à la carrière de Piquepoche dans laquelle nous nous trouvons, pourriez-vous nous décrire son fonctionnement ?
Grossièrement, on peut dire que le site de Piquepoche est divisé en 4 zones : La carrière de dur marbrier prés de la route, la carrière de demi dur, plus vaste, face aux ateliers et aux bassins de décantation. Les ateliers eux-mêmes, avec les bureaux et l’accueil, et enfin le stock, de l’autre côté de l’atelier par rapport à la carrière. Il y a donc deux carrières, deux zones d’extraction, dans lesquels on extrait des pierres de qualités différentes.

Pour vous décrire le fonctionnement complet d’une carrière, il faut remonter au commencement. Au tout début il y a une phase dite de “découverte”: Vous arrivez sur un terrain vierge et il faut enlever tout ce qui est terre végétale, puis toute la mauvaise pierre, c’est-à-dire les premiers mètres, la pierre dont la sédimentation n’est pas complète, que l’on transforme souvent en granulats ou en enrochement.

A partir du moment où la pierre devient compacte, vous arrivez sur ce qu’on appelle un banc : de la bonne pierre, que vous allez pouvoir travailler. La carrière se développe ensuite en gradins, le terme de bancs ou de banquettes désigne les parties horizontales du gradin, les fronts de tailles sont eux les parties verticales du gradin. Le carreau, c’est le fond de la carrière, le plateau libre le plus bas.

Ici la hauteur des gradins est déterminée par notre manière de travailler. Nous extrayons notre pierre à la haveuse, sorte de grosse tronçonneuse qui va attaquer la pierre de face et verticalement. Certaines carrières vont travailler des quilles, c’est-à-dire de grands morceaux de pierre verticaux qui vont pouvoir faire 10 ou 15m. Nous notre pierre n’est pas assez constante pour ça, puis il faudrait de toute façon la redébiter. Nos haveuses extraient donc des blocs d’environ 2x1,5x1,5m qui seront plus simples pour nous à déplacer et à travailler. Nos gradins sont donc assez bas.

Une fois les blocs extraits, ils vont être stockés à proximité de l’atelier. En fonction du carnet de commandes, le chef d’atelier va sélectionner les blocs adéquats pour la prochaine étape de transformation, le débitage en plateaux.

Pour le debitage nous disposons de deux machines, un monolame, et un monofil, plus récent. L’une coupe avec un fil, l’autre avec une lame de scie, mais globalement le principe est le même, elle débite les blocs en tranches comme des plaques de beurre. Préalablement, pour éviter que les tranches basculent et se brisent, les blocs sont scellés au plâtre sur des chariots. C’est en général la hauteur d’assise des pierres souhaitées qui va déterminer la hauteur de ces tranches. Souvent 32,5 cm ici, la hauteur d’assise standard de la pierre bordelaise depuis des siècles !

Une fois les plateaux débités ils sont mis à plat et recoupés par des débiteuses. Nous avons une dizaine de débiteuses équipées de disques de dimensions variables. Schématiquement on peut dire que ce sont de grosses scies circulaires montées sur des ponts qui recoupent les plateaux aux dimensions finales souhaitées.

Pour qualifier ces disques on parle de tôles. Ces tôles sont équipées de pastilles diamants de différentes qualités en fonction des pierres que nous souhaitons travailler. Ces pastilles sont régulièrement renouvelées par un prestataire extérieur.

La haveuse travaille lentement, mais sans eau. Monolame, monofil et débiteuses sont plus rapides, mais ce sont des machines qui nécessitent beaucoup d’eau pour se refroidir. Vous l’avez vu dans la carrière, la gestion de l’eau est au coeur de notre activité. Pour ne pas surconsommer, nous avons mis en place un système de bassins de décantation et filtration qui nous permettent de fonctionner à 100% en circuit fermé.


Entretien réalisé par USUS le 30 juillet 2019, à la carrière de Frontenac, avec Franz Boizard directeur de l’entreprise les pierres de Frontenac.

Frontenac
2019

Entretien complet
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© photo : Grégoire Grange
© vidéo : Usus